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Mehdi Mezouari, membre du Groupe socialiste à la Chambre des représentants : “Le PJD se complaît dans un perpétuel meeting de propagande”


Par Libe.ma | Jeudi 16 Août 2012 | 17:00 | Lu 269 fois


Mehdi Mezouari, membre du Groupe socialiste à la Chambre des représentants : “Le PJD se complaît dans un perpétuel meeting de propagande”
Libé: Vous avez posé récemment une question orale qui interpelle le ministre de la Justice et des Libertés sur plusieurs préoccupations de votre Groupe parlementaire à savoir la justice sélective, entre autres. Dans quel cadre s’inscrit cette question ? Et comment jugez-vous la réponse du ministre?
 
Mehdi Mezouri : C’est une préoccupation stratégique pour le Groupe socialiste, car le grand slogan de la période que nous vivons actuellement après le réveil et les soulèvements dans le monde arabe et aussi après le Mouvement du 20 février, c’est le slogan de la lutte contre la corruption. Mais ce que nous constatons aujourd’hui c’est que le PJD, après plus de 7 mois d’exercice du pouvoir, continue d’utiliser la lutte contre la corruption comme un simple slogan électoral. Durant la campagne électorale, le parti islamiste a brandi ce slogan principal : «Notre voix est notre opportunité contre la corruption et le despotisme ». 
Nous avons posé cette question comme on l’a fait à maintes reprises lors de la discussion du programme du gouvernement, dans les débats au sein des commissions parlementaires. On a demandé seulement de nous présenter une stratégie de lutte contre la corruption. La publication par exemple des listes des agréments par le ministre de l’Equipement et des Transports, Abdelaziz Rebbah, ne fait pas partie d’une stratégie, c’est une pure calomnie. Car il n’a pas présenté des mesures qui peuvent mettre fin à l’économie de rente. Mais l’un des foyers de la corruption au Maroc est dans les communes dont personne ne veut parler. Les Cours des comptes ont dévoilé dans des rapports accablants des malversations, la mauvaise gestion…  

Libé: 
Mais ces rapports restent dans la plupart des cas dans les tiroirs, et même si des enquêtes ont été ouvertes, elles sont rapidement suspendues. On a dit au PJD que ce chantier est la première épreuve, on a demandé au gouvernement de reprendre ces rapports et de diligenter des enquêtes. Pourquoi ? 

 
Mehdi Mezouri  : Parce qu’après l’adoption de la nouvelle Constitution le 1er juillet 2011, on est en train de refonder un Etat et ses institutions. On a élu un Parlement, le gouvernement est constitué sur les nouvelles bases et les nouvelles règles du jeu. Il reste encore à élire les nouvelles institutions locales sur les mêmes règles. Nous savons tous que les élites jouent un rôle important dans la gestion de ces institutions locales. La question, donc, que nous avons posée est la suivante : Est-ce que le Maroc accepte que les villes soient gérées par les mêmes élites corrompues qui les dirigeaient avant ? En résumé, le gouvernement ou plutôt le PJD n’a pas l’intention d’ouvrir les dossiers de la corruption parce que ce sont des sujets épineux, il évite d’entrer dans une zone de turbulences. Je préfère parler du PJD plutôt que du gouvernement parce que la majorité, à mon avis, n’existe pas, on est devant un parti conservateur qui veut mettre fin aux avancées qu’a connues le Maroc depuis les années 90.
 
Libé: Pensez-vous que le gouvernement actuel manque de courage politique pour ouvrir les dossiers de la corruption ?
 
Mehdi Mezouri: : Il a toujours manqué de courage. Lorsque l’on relit le programme gouvernemental qui est finalement un plat réchauffé par rapport à ce qui a été planifié avant, l’on n’a pas l’impression qu’il y a une volonté réelle de combattre sérieusement la corruption. Le Groupe socialiste a exposé ses idées là-dessus lors des débats sur ce programme. En outre, notre Groupe a exprimé son engagement éthique de soutenir, corps et âme, toutes les initiatives de lutte contre la corruption et celles allant dans le sens d’une interprétation authentiquement démocratique de la Constitution.
Mais dans la pratique, le gouvernement donne une interprétation conservatrice de la nouvelle Constitution…
Conservatrice, pour une simple raison, c’est qu’ils ont hiérarchisé les priorités tout en considérant que l’interprétation démocratique de la Constitution peut leur causer un clash avec l’institution monarchique. La loi organique relative aux nominations aux hautes fonctions en est la preuve. Lors de la discussion de ladite loi, on a vu que le PJD veut plus de prérogatives dans ces nominations. Par contre, le Groupe socialiste, l’interprétation démocratique de la Constitution donne un pouvoir de nomination au chef de gouvernement.

 
Libé: Récemment, le chef de gouvernement affirme qu’il y a des foyers de résistance qui l’empêchent de mener à bien sa politique anti-corruption. Qu’en pensez-vous ?
 
Mehdi Mezouri  : C’est honteux de parler de foyers de résistance après l’adoption de la nouvelle Constitution qui octroie un pouvoir important au chef du gouvernement. Il a maintenant toutes les prérogatives qui lui permettent de gouverner. Mais au temps d’Abderrahman El Youssoufi, les choses étaient différentes. El Youssoufi était une personnalité politique forte mais ses prérogatives constitutionnelles limitées. Le professeur Hassan Tarik a très bien décortiqué la situation quand il a dit qu’on a maintenant un chef de gouvernement très faible par rapport à la Constitution de 2011, tandis qu’en 1998, on avait un Premier ministre plus fort que la Constitution de 1996. Benkirane n’a pas le courage de nous dire ce qu’il entend par les foyers de résistance. Tantôt, il parle de crocodiles comme si nous étions dans un zoo, tantôt il parle de Gobelin… c’est du charlatanisme et du spectacle. J’ai l’impression qu’on vit dans un meeting qui va durer cinq ans.  
 
Comment évaluez-vous le bilan du gouvernement Benkirane ? 
 
J’aimerais bien que le chef du gouvernement présente devant le Parlement son bilan, pour nous parler de ce qu’il a réalisé jusqu’à présent, car je crois que la première année représente 20%  de son mandat. Pour moi, je peux avancer que le bilan du gouvernement est nul.
Et pourtant, il a pris des décisions comme la hausse des prix des carburants qui a eu des répercussions sur le pouvoir d’achat des citoyens…
Benkirane prétend que cette hausse s’inscrit dans le cadre de la réforme de la Caisse de compensation, mais  cet argument, malheureusement, n’est pas tout à fait fondé, car il n’a pas présenté un package de réformes de cette Caisse. Il a pris une mesure isolée ; il a fait un calcul simpliste et qui porte atteinte directement au pouvoir d’achat des populations. Notre Groupe a demandé de constituer une commission parlementaire pour enquêter sur l’impact de cette mesure sur le pouvoir d’achat mais le PJD s’y est opposé. Mais le comble, c’est que ce gouvernement qui prétend être l’émanation du peuple, taxe les pauvres au lieu des riches sous prétexte qu’il y a risque que ces derniers quittent le pays. On a vu comment le gouvernement Benkirane a réagi quand le Groupe parlementaire de FDT à la deuxième Chambre a proposé une taxe sur les richesses. Peut-être demain les enfants des pauvres devront payer pour entrer à l’université même si le gouvernement a démenti les propos de Lahcen Daoudi. Je n’exclus pas que le gouvernement prenne d’autres mesures impopulaires qui pourraient avoir des conséquences néfastes pour le pays et déliteraient les classes moyennes qui sont la garantie de la stabilité de l’Etat.
J’aimerais bien parler d’une autre lacune dont souffre ce gouvernement. On constate qu’il ne dispose pas d’un discours homogène, il manque d’une visibilité. La preuve c’est qu’il y a au sein du gouvernement des problèmes faute d’homogénéité. Pourtant, le parti majoritaire, à savoir le PJD, a l’obligation de jouer le rôle fédérateur. Le discours de ce parti est un discours qui tend à capitaliser seulement pour le PJD.  
 
Libé: Il y a un paradoxe : les députés du PJD sont les plus critiques envers le gouvernement présidé par le patron de leur parti. Comment expliquez-vous cette situation? Y a-t-il un double jeu ? 
 
Mehdi Mezouri: Sincèrement parlant, les députés du PJD souffrent de schizophrénie politique, c’est-à-dire c’est un groupe parlementaire d’un parti qui gouverne, mais il n’a pas pu réussir la transition d’un parti d’opposition vers un autre qui dispose d’une majorité. C’est cette schizophrénie politique qui explique l’attitude des députés du PJD envers des ministres des autres partis.
Il y a une autre explication des attitudes des députés de ce parti islamiste. Elle réside dans le jeu de rôle pour préserver la cote du parti.
Mais Benkirane sait très bien que pour gouverner, il faut payer le prix comme El Youssoufi et l’USFP. La seule différence, c’est qu’El Youssoufi a payé le prix sans garantie constitutionnelle alors que Benkirane a toutes les garanties constitutionnelles de réussir sa mission.
 
Libé: L’USFP a opté après les élections de 2011 pour l’opposition après plus de 12 ans dans le gouvernement. Le parti se sent-il à l’aise dans ce nouveau rôle au sein du Parlement?
 
Ce n’est pas là le problème. D’abord, je ne parle pas des raisons qui ont justifié ce choix. D’ailleurs, c’est une décision qui était mûrement réfléchie, débattue et consentie par les militants du parti. Nous ne sommes pas en repos biologique, l’opposition est une mission nationale. Idéologiquement et politiquement parlant, notre parti n’a pas de place dans un gouvernement de droite conservateur. 
 
Libé: Même si le PPS fait partie de ce gouvernement?
 
Mehdi Mezouri: Le PPS fait fausse note, on le répète toujours. Je ne m’attaque pas à mes camarades du PPS et je respecte leur décision souveraine. Je reviens maintenant à la question précédente, je crois qu’il y a deux projets de société : un projet conservateur représenté notamment par le PI et le PJD, et un projet progressiste et moderniste. Et notre parti a un rôle important voire historique pour fédérer les forces de progrès.
 
Libé: Est-ce qu’il a la capacité de le faire ?
 
Mehdi Mezouri: Bien sûr. Notre parti est doté de capacités politiques et intellectuelles pour le faire, mais quant à la capacité organisationnelle, je peux dire franchement que le parti est dans une situation quelque peu difficile. Et pourtant, il a toutes les chances de rebondir et de mobiliser ses forces. Vous savez que l’USFP a été la cible préférée des médias depuis 1998 et même lorsque le parti n’assumait pas la présidence du gouvernement (gouvernement de Driss Jettou et de Abass Fassi) et ce pour affaiblir le parti et nuire à son image. Je peux même dire que des organes de presse ont été créés avec des fonds importants dans l’intention de décrédibiliser l’USFP. 
Mais l’ancien Premier ministre Abderrahmane El Youssoufi a pu réussir dans sa mission de transition politique avec des garanties minimes et bien qu’il y ait eu à l’époque un courant ou un vrai foyer de résistance qui voulait l’échec de cette expérience.
Maintenant, l’USFP doit récupérer sa force et sa vitalité. Cela ne passe pas par l’opposition d’antan mais par une opposition qui propose des solutions. C’est un grand chantier ouvert. Le Groupe socialiste et le parti sont à l’aise dans cette nouvelle situation, mais le parti doit travailler davantage pour mener à bien son rôle dans l’opposition. Le prochain congrès du parti devra être une opportunité pour tous les militants de débattre de différentes questions concernant son avenir et de choisir une nouvelle élite sur la base d’un programme concret, et ce pour construire un parti démocratique fort. 
 
Libé: En tant que député du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, êtes-vous satisfait du bilan du Groupe?
 
Mehdi Mezouri: Absolument, du fait que notre Groupe se compose de différentes générations. Il y a des députés qui ont une expérience parlementaire de longue date et je cite par exemple Ahmed Zaidi, Adelali Doumou, Habib El Malki. Notre Groupe comprend aussi des jeunes avec de nouvelles visions et approches. En plus, notre Groupe est homogène et solidaire et n’a pas de problèmes internes, ce qui fait sa force. Il a un capital symbolique très important même s’il est composé seulement de 39 députés. Pour les observateurs et analystes politiques, le Groupe de l’USFP vient en tête des autres groupes en termes de qualité. 
 
Libé: Un débat fait rage au sein de la Chambre des représentants. Il concerne la pénalisation de l’absentéisme des parlementaires. Quelle est la position de votre Groupe à ce sujet ?
 
Mehdi Mezouri  : On a approuvé un principe qui existe déjà dans le règlement interne du Parlement. Il faut vraiment mettre fin à l’absentéisme des parlementaires parce qu’il nuit énormément à l’image de l’institution législative. Et si l’on veut redorer le blason de cette institution, on doit pénaliser les députés absents à travers des retenues sur leurs salaires. Mais je crois que la mesure la plus importante est la publication des noms des parlementaires absentéistes.
Cette mesure peut, à mon avis, pousser les partis et les groupes à contrôler leurs parlementaires et exiger leur présence lors des travaux du Parlement. Les partis politiques ont l’obligation demain de présenter aux élections des gens qui ont la capacité d’assister aux travaux du Parlement si l’on tient à soigner cette image du Parlement chez le citoyen. Des lois très importantes ont été votées par 20 députés seulement. C’est inacceptable.
Notre Groupe a demandé l’application du règlement intérieur de la Chambre des représentants, mais aussi de prendre des mesures  appropriées dans ce sens. Mais je crois qu’on ne doit pas forcer la dose à propos de l’absentéisme ; on a besoin de garantir la qualité du travail législatif, par la présence des parlementaires. On doit savoir chaque année  le nombre de lois votées par la Chambre, celui des lois proposées par les parlementaires, etc. Il ne faut pas verser dans le formalisme et insister sur la présence de ces derniers tout en oubliant le fond des choses, à savoir que le Parlement doit faire son travail à la perfection.

Propos recueillis par Mourad Tabet

Par Libe.ma | Jeudi 16 Août 2012 | 17:00 | Lu 269 fois




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